Royaume-Uni - Échec du projet de loi sur le suicide assisté : « Nous avons besoin de plus de soins, pas de morts »
Le projet de loi visant à dépénaliser le suicide assisté en Angleterre et au Pays de Galles n’a finalement pas été adopté. Le vendredi 24 avril, dernier jour de la session parlementaire, a marqué la fin de longs débats à la Chambre des Lords qui devait examiner plus de 1200 amendements.
Le texte porté par la députée travailliste Kim Leadbeater, avait été approuvé en juin 2025 par les députés de la Chambre des Communes. Il prévoyait d’ouvrir la possibilité pour les adultes en phase terminale, dont le décès est attendu dans les six mois, de demander une aide médicale pour mettre fin à leurs jours.
Blocage parlementaire ou souci des plus fragiles ?
Alors que les promoteurs du texte ont dénoncé des manœuvres parlementaires visant à bloquer son adoption, plusieurs voix se sont élevées pour souligner la pression que cette possibilité de mort sur demande aurait exercé sur les personnes vulnérables.
La baronne Campbell de Surbiton, ancienne commissaire de la Commission pour l'égalité et les droits de l'homme (EHRC), et qui a elle-même déposé plusieurs amendements, a fait part des craintes « réelles et répétées » de certaines personnes handicapées vis-à-vis de ce projet de loi.
C’est aussi ce dont témoigne la baronne Grey-Thompson, athlète paralympique et membre de la Chambre des Lords, qui a déclaré avoir reçu des milliers de courriels, notamment de personnes handicapées, pour la remercier de « protéger nos droits et de veiller sur nous ». (BBC, 24/04/2026)
Un projet de loi « fondamentalement dangereux et profondément imparfait »
Les critiques sont aussi venues de la société civile, en particulier d’associations de défense des droits des personnes handicapées, faisant basculer l’opinion des députés, inquiets quant aux implications pratiques du projet de loi. Un sondage, réalisé par Whitestone Insight auprès de 102 députés et publié avant le dernier jour d’examen du texte, a ainsi montré une inquiétude grandissante des députés, avant même l’abandon du texte par la Chambre haute.
D’après ce sondage, relayé par l’association Care Not Killing , « la moitié (49 %) des députés estiment que le projet de loi entraînerait une pression sur les personnes âgées et handicapées pour qu’elles optent pour le suicide assisté alors qu’elles ne l’auraient pas fait autrement ». Il apparait aussi que « seuls 4 députés sur 10 (43 %) estiment que le projet de loi contient des garanties suffisantes, tandis qu’une majorité (52 %) reste sceptique ».
Autre point préoccupant relevé par Care not killing : les députés « estiment, à une majorité de près de 2 contre 1 (57 % contre 28 %), qu’il sera plus rapide et plus facile pour les patients d’accéder aux services de suicide assisté qu’aux soins palliatifs de haute qualité ». Une réalité et une nécessité que souligne à son tour le Dr Gordon Macdonald, président de Care Not Killing : “Nous avons besoin de plus de soins, pas de morts. »
Ce sondage laisse penser qu’il ne sera pas si facile de convaincre une nouvelle fois les députés de voter en faveur d’un tel texte. C’est pourtant le souhait de ses promoteurs, qui espèrent maintenant qu’un projet de loi identique sera adopté une seconde fois par la Chambre des Communes, ce qui entrainera son adoption comme loi, même sans l’approbation de la Chambre des Lords. Il s’agit d’un cas de figure prévu par les Parliament Acts pour empêcher le blocage d’un texte par l’autre chambre, mais dont l’usage en l’espèce serait largement controversé.
Cette actualité s’inscrit dans un contexte européen marqué par de vifs débats autour de la fin de vie. L'île de Jersey et l'île de Man ont approuvé en février 2026 des textes légalisant le suicide assisté et l’euthanasie. Ces textes doivent encore recevoir la validation de la couronne britannique pour pouvoir entrer en vigueur. En Ecosse, à l’inverse, le Parlement a rejeté mi-mars un projet semblable visant à légaliser le suicide assisté. En France, les débats autour de l’adoption d’une proposition de loi visant à dépénaliser l’euthanasie et le suicide assisté vont se poursuivre prochainement au Sénat pour une seconde lecture, après un rejet initial du texte par cette chambre en janvier 2026.
Pour aller plus loin : Euthanasie et suicide assisté : qu’est-ce qui distingue réellement ces deux pratiques de mort programmée ?
Sources :
BBC, 24 avril 2026