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L’euthanasie en cas de démence avancée : un nouvel élargissement de la loi belge ?

L’euthanasie en cas de démence avancée : un nouvel élargissement de la loi belge ?

Lorsqu’en novembre 2025, le Comité consultatif de bioéthique de Belgique publiait un avis favorable à l’extension de l’euthanasie aux cas de démence avancée, il était attendu qu’une telle prise de position relance les débats parlementaires sur ce sujet épineux. Sur le plateau de la VRT le 21 avril dernier, la ministre de la Justice Annelies Verlinden (CD&V) a en effet confirmé vouloir réviser en ce sens la loi sur l’euthanasie. L’intention figurait déjà dans l’accord de gouvernement fédéral pour l’actuelle législature. 

Ces dernières semaines, le sujet a largement bénéficié de l’attention des médias à la suite de l’euthanasie de Lode Deconinck. Ce dernier avait fait l’objet d’une médiatisation en Flandre à l’occasion de sa participation à l’émission gastronomique « Restaurant Misverstand », mettant en scène des participants atteints de démence à un stade initial. L’euthanasie de Lode Deconinck à ce stade de la maladie a été l’occasion pour le consortium pro-euthanasie LEIF (équivalent de l’ADMD) de relancer une pétition pour l’extension de la loi sur l’euthanasie, lancée en 2019 et qui rassemble à ce jour plus de 92.000 signatures.  

Le parti flamand social-chrétien CD&V a par ailleurs organisé une journée d’étude le 27 avril dernier au Parlement flamand, consacrée à l’extension de l’euthanasie aux cas de démence avancée, dans le but de nourrir l’élaboration du projet de loi dont se charge à présent leur ministre. Le parti se veut libre de tout délai ou pression, et à ces fins, dit-il, s’empare du sujet : « Nous ne pouvons pas penser que la vie avec une démence est par définition indigne » explique la députée chargée du dossier, Els Van Hoof : « la dignité ne s’exprime pas seulement par l’autodétermination, mais aussi dans la façon dont on prend soin les uns des autres. » C’est ici en quelque sorte qu’opère la « boussole chrétienne », à laquelle dit s’attacher le président du CD&V Sammy Mahdi, pour réviser la loi. 

Ce dernier n’hésite pas à qualifier la loi actuelle de « législation défaillante qui met les médecins dans l’incertitude et laisse les familles sans repères clairs ». Il fait en réalité référence à la possibilité d’obtenir l’euthanasie dans les premiers stades de la démence (« trop tôt » selon les promoteurs de l’extension), sans laisser la possibilité de l’obtenir lorsque la démence a atteint un stade avancé. 

Le CD&V se veut rassurant dans la réforme qui sera proposée, mettant en avant deux balises :  

  • D’une part, la planification anticipée des soins doit être au cœur du processus et reposer sur un dialogue continu entre le patient, les soignants, les proches et, le cas échéant, la personne de confiance. 

  • D’autre part, la déclaration anticipée d’euthanasie ne pourra suffire en tant que telle ; il faudra que la souffrance soit sans issue et insupportable pour le patient au moment de l’exécution de l’euthanasie. Par ailleurs, la volonté actuelle du patient devra être respectée, même si elle contredit le contenu de la déclaration anticipée. 

 Malgré les précautions annoncées par le parti social-chrétien flamand, on ne peut douter des conséquences sociales d’un tel élargissement. Comment en effet exclure que la possibilité de demander la mort à titre anticipé dans les cas décrits impacte négativement les personnes qui se trouvent – ou se trouveront – dans pareilles situations ? Cet élargissement ouvrirait la voie à de multiples pressions – même implicites – sur un grand nombre de personnes, non seulement pour rédiger une déclaration anticipée d’euthanasie, mais aussi au moment de son application éventuelle. La difficulté centrale restera de déterminer où se trouve la volonté du patient, ce qui fera peser une lourde charge sur les épaules du médecin concerné. Par ailleurs, et pour reprendre l’avertissement de Joris Van Cauter, avocat intervenu lors de la journée d’étude susmentionnée, « lorsque vous entrouvrez la porte, il suffit d’un courant d’air pour l’ouvrir totalement ». 

Notons que statistiquement, une personne sur cinq sera tôt ou tard concernée par la démence, cette proportion étant encore amenée à augmenter dans les décennies à venir. 

A l’heure actuelle, plus d’un tiers des patients souffrant de démence sévère ne bénéficient pas de soins palliatifs durant les trois derniers mois de leur vie. Avant de leur proposer l’option de l’euthanasie, n’est-il pas prioritaire, au regard des droits du patient, de renforcer ces soins qui pourraient certainement améliorer leur confort et contribuer à rétablir leur sentiment de dignité ? 

Dans différents pays d’Europe et du monde, les débats parlementaires au sujet de l’euthanasie s’intensifient. Au sein des pays s’étant récemment prononcé contre toute légalisation de cette pratique, il n’est pas rare que soient cités les cas belge et canadien, comme autant d’illustrations de la pente glissante sur laquelle s’aventure une société qui a fait le choix d’ouvrir la porte à la mort provoquée. Un nouvel élargissement de la loi belge pourrait en ce sens paradoxalement renforcer la méfiance d’autres pays quant à entamer la marche de l’euthanasie. 

Pour approfondir les enjeux éthiques et juridiques autour de l’euthanasie pour les personnes démentes, voyez l’avis de l’IEB sollicité par la Commission de la Santé et de l’Egalité des chances de la Chambre des Représentants de Belgique.  

 

Sources : De Standaard, La Libre (28/4/2026) 

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