La Slovénie fait marche arrière sur le suicide assisté : quels arguments l'ont-ils emporté lors du référendum ?
Le 23 novembre dernier, le peuple slovène s'est prononcé pour l'annulation de la loi légalisant le suicide assisté, adoptée quelques mois plus tôt par le Parlement.
Votée le 18 juillet 2025 par les députés de la majorité gouvernementale, cette loi ouvrait la voie au suicide assisté non seulement aux personnes en phase terminale, mais aussi pour les autres patients atteints d'une pathologie grave ou incurable "dont le traitement a été épuisé et qui ne donne pas lieu à un espoir fondé de guérison ou d'amélioration de la santé" - à l'exclusion des cas de maladie mentale.
Selon les initiateurs de la campagne à l'origine de ce référendum contre le suicide assisté, cette loi faisait peser une menace grave sur le droit à la vie des personnes malades, mais aussi pour les personnes âgées et les personnes handicapées.
En collectant 46 000 signatures en faveur d'un référendum visant à annuler la loi, l'organisation citoyenne "Mouvement pour les Enfants et la Famille" a ainsi atteint le critère des 40 000 signatures requises pour la tenue d'un tel référendum.
La question adressée aux électeurs slovènes était limpide : "Soutenez-vous l'entrée en vigueur de la loi sur la fin de vie assistée ?".
Lors du vote du 23 novembre, le seuil de participation électorale de 20% fut largement dépassé, le référendum atteignant en effet plus de 40% de participation dans ce pays de deux millions d'habitants.
53% des votants se sont prononcé contre la loi sur le suicide assisté, tandis que 47% ont voté en sa faveur.
L'issue du référendum a pour conséquence l'annulation de la loi en question, et l'impossibilité pour le Parlement slovène de voter un texte similaire endéans l'année.
L'hypothèse de l'adoption d'une nouvelle loi sur le suicide assisté à l'issue de ce délai n'est donc pas à exclure. L'opinion populaire slovène sur le sujet semble en tout cas mouvante : le premier référendum organisé sur la question en 2024 dans le pays avait en effet conclu à une courte majorité d'électeurs en faveur du suicide assisté. Alors que, quelques semaines avant le vote, les sondages prédisaient encore un tel soutien majoritaire à cette loi, la campagne menée par Aleš Primc et son mouvement citoyen ont fait basculer l'opinion sur le sujet.
Victoire des "fake news" ou prise de conscience de l'impact du suicide assisté ?
Faut-il y voir, comme l'ont indiqué plusieurs responsables politiques de la majorité gouvernementale à l'issue du scrutin, la victoire des fake news, ou plutôt une prise de conscience, par les électeurs slovènes, de certains enjeux jusque-là occultés dans ce débat ?
Parmi les arguments mobilisés durant la campagne, il semble en tout cas que l'insistance sur la priorité à donner à l'amélioration du système de santé et au développement des soins palliatifs avant toute loi sur le suicide assisté ait été entendue. Par ailleurs, l'accent a été mis sur l'incompatibilité du texte avec l'article 17 de la constitution slovène, qui proclame le caractère inviolable de la vie humaine.
De même, la crainte que les garde-fous prévus dans la version initiale de la loi ne s'avèrent pas suffisants a également joué un rôle dans le choix de nombreux électeurs. On peut y voir la véritable prise en compte des retours d'expérience des pays ayant légalisé l'euthanasie ou le suicide assisté : le caractère éminemment subjectif des conditions d'accès à cette pratique, associé à l'interprétation extensive de ces conditions par les médecins et organes de contrôle, ont conduit à un élargissement progressif - souvent sans modification de la loi - des cas éligibles à la mort programmée, en ce compris des cas inenvisageables au moment du vote de la loi.
Quoi qu'il advienne - en ce compris le dépôt d'une nouvelle proposition de loi d'ici douze mois -, la portée du référendum de novembre 2025 ne saurait être sous-estimée : l'annulation d'une loi autorisant la mort programmée par la voie d'un suffrage direct de la population est un fait inédit et important. Celui-ci vient remettre en question la dynamique de légalisation - voire d'extension, dans les pays qui l'ont déjà légalisé (Autriche, Benelux, Suisse et Espagne) - de l'euthanasie ou du suicide assisté à travers les pays européens, souvent présentée comme inexorable.
Photo par Jeremy Bishop sur Unsplash