Campagne des 1000 premiers jours : où commence l’humanité ?
“Protéger les enfants des perturbateurs endocriniens dès les 1 000 premiers jours” : tel est l’objectif de la campagne de prévention lancée ce 1er avril 2026 par le Ministère belge (SPF) de la Santé publique, en collaboration avec les Régions et les Communautés. Cette campagne vise à sensibiliser les parents de jeunes enfants à l’importance de les préserver d’une exposition aux perturbateurs endocriniens. Durant cette période de mille jours, qui s'étend “de la grossesse aux deux ans de l’enfant”, l'organisme est en effet beaucoup plus sensible aux substances chimiques pouvant influencer le développement du corps et du cerveau. A cet âge précoce, l’exposition à certaines substances, notamment les perturbateurs endocriniens, peut augmenter par exemple le risque de cancers, de problèmes métaboliques ou immunitaires.
Le concept des 1000 premiers jours n’est pas nouveau. En 2016, The Lancet publiait une étude démontrant que la période qui va de la conception à 2 ans est déterminante pour le développement du cerveau, la santé et, plus largement, la vie future de l’enfant. Par la suite, l’Unicef a lancé officiellement le concept des “1000 premiers jours de vie” qui propose une approche globale de la santé de la mère et de l’enfant. L’objectif est de promouvoir des environnements favorables au développement harmonieux du fœtus et du nouveau-né. Le point de départ de cette approche est la conviction, basée sur des études scientifiques, que “la biologie ne décide pas de notre destin et (que) c'est le vécu des enfants lors des tous premiers jours et années qui conditionne et définit leur avenir”, (Anthony Lake, directeur général de l'Unicef, 2016). Depuis lors, les gouvernements de plusieurs pays, comme la France et maintenant la Belgique, se sont emparés du concept pour promouvoir des politiques publiques à la hauteur de l'enjeu.
En reprenant ce concept des 1000 premiers jours, la Belgique reconnaît l’importance de prendre soin de la santé de l’enfant et ce, même avant sa naissance, au stade in utero. Pourtant, si la femme enceinte est mentionnée comme personne à risque, à aucun moment le communiqué ne parle du fœtus en tant que tel. Le communiqué précise d’ailleurs que cette campagne est “destinée aux parents de jeunes enfants” sans mentionner le fœtus. La question se pose cependant de savoir à partir de quand commence cette période-clé des 1000 premiers jours. Il semble, d’après la terminologie, que ce soit dès la conception. Mais cela n'est pas explicitement indiqué, et des considérations liées aux délais pour avorter sans raison médicale peuvent faire varier le début de cette période. En France, le rapport de la commission d’experts pour les « 1 000 premiers jours », paru en 2020, faisait ainsi débuter cette période à 4 mois de grossesse (« 1000 premiers jours » de l’enfant : le rapport).
Si cette attention portée aux tout premiers jours de l’enfant, y compris sa vie in utero, est une bonne nouvelle, il semble encore difficile d’évoquer explicitement l’enfant à naître comme un être à part entière, digne de soin et de protection.
Pour aller plus loin: Dossier de l'IEB : La vie avant la naissance : un choix entre fiction et réalité