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Aux Pays-Bas, la pilule abortive délivrée sur simple demande via une plateforme en ligne

Aux Pays-Bas, la pilule abortive délivrée sur simple demande via une plateforme en ligne

Le site internet thuisabortus.nl a été lancé en mars 2026 sous l’égide du médecin généraliste et sexologue Peter Leusink. Il dirige une équipe composée actuellement de 9 médecins et une sage-femme, qui répondent en ligne aux demandes de prescription de pilules abortives.  

Mise en pratique d’une recommandation de l’OMS 

Aux Pays-Bas, l’avortement dit « médicamenteux » (par ingestion de la pilule RU-486) est autorisé jusqu’à 9 semaines de grossesse, soit 11 semaines d’aménorrhée.  

Sur simple demande en complétant un formulaire dont les réponses sont traitées par l’un des médecins membres de la plateforme, une femme résidant aux Pays-Bas obtiendra ainsi la prescription nécessaire pour se faire remettre en pharmacie le produit abortif. Le procédé sera pris en charge par la sécurité sociale néerlandaise pourvu que la femme réside aux Pays-Bas, et le médecin prescripteur recevra le montant prévu par les autorités pour la prise en charge normale d’un avortement. 

Les initiateurs se basent sur une recommandation officielle de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) selon laquelle partout dans le monde, une « personne » enceinte devrait pouvoir recourir de façon autonome à l’avortement « médicamenteux » jusqu’à 12 semaines d’aménorrhée (10 semaines de grossesse), en dehors d’une institution de soins.1 

L’initiative a connu un tel succès lors de son lancement que les médecins derrière la plateforme n’ont pu faire face aux demandes qui affluaient (plus de 30 par jour). Le site a dû être mis en pause durant une semaine. Il est à présent de nouveau fonctionnel.  

Critiques et doutes quant à la légalité 

Les principales associations de médecins aux Pays-Bas (l’Association néerlandaise des médecins généralistes, la Fédération des médecins et l’Association des médecins pratiquant l’avortement) se montrent critiques à l’égard de la plateforme car elles estiment qu’une conversation entre le médecin et sa patiente est nécessaire avant un avortement, ce qui fait volontairement défaut dans le système proposé. Le site est d’ailleurs clair à ce sujet : « Si vous avez besoin d'un entretien ou d'un accompagnement personnalisé dans le cadre de votre grossesse non désirée, notre service en ligne n'est pas le plus adapté. Dans ce cas, adressez-vous à votre médecin traitant, à Fiom ou à une clinique pratiquant l'avortement. » Ou encore : « Le formulaire de demande remplace la consultation » ; « Nous n’assurons pas de suivi personnel ». La patiente est d’ailleurs renvoyée vers son médecin traitant ou un centre d’avortement en cas de complications à la suite de l’ingestion des pilules abortives. Or, l’on sait que l’avortement médicamenteux n’est pas sans conséquences pour la femme, que ce soit sur le plan physique mais aussi sur le plan psychologique. Les retombées psychologiques d’un avortement à domicile, qui a lieu bien souvent dans la solitude, peuvent être lourdes. Elles ne sont absolument pas prises en compte ni en charge par les collaborateurs de la plateforme. 

Il en découle un doute sérieux, non seulement quant à la vocation médicale (quelle alliance thérapeutique ?) de ces collaborateurs, mais surtout quant à la légalité du site. La loi néerlandaise dispose en effet que l’avortement ne peut avoir lieu sans qu’il n’ait fait l’objet d’une « discussion » entre le médecin et la patiente.  

En Belgique, une telle façon de procéder serait illégale : la loi belge impose que l’avortement ait lieu au sein d’une institution de soins (même si en pratique, l’avortement « médicamenteux » à proprement parler – l’expulsion - a généralement lieu au domicile). De plus, il faut obligatoirement attendre 6 jours après la première consultation médicale pour procéder à l’avortement. 

Des laissé(e)s pour compte 

Nulle part sur le site, il n’est fait mention de l’embryon, du fœtus, de la vie en humaine en développement dans le sein de la femme. C’est pourtant une réalité qui bien souvent traverse voire occupe l’esprit de celles qui tombent enceintes même sans le vouloir. Le doute quant à la décision d’avorter n’est d’ailleurs pas pris en considération par l’équipe derrière l’écran : en cas de difficultés dans la prise de décision, la femme est invitée à consulter ailleurs.  

Enfin, toute personne un tant soit peu consciencieuse se posera la question de savoir comment le procédé mis en place permet de vérifier l’authenticité de la demande. A la question de savoir si un partenaire pourrait demander la pilule abortive en utilisant les coordonnées de sa femme enceinte, aller la chercher à la pharmacie et l’ajouter en secret à la nourriture de cette dernière, la plateforme répond que c'est théoriquement possible. Et de rétorquer : « Même si nous déplorons vivement ce comportement inacceptable, cela ne nous incite pas à priver les nombreuses autres femmes de cette forme de prise en charge. » On pourrait aussi imaginer raisonnablement qu’une femme émette une demande dans le but de remettre ensuite le produit abortif à une autre femme amie, simple connaissance, voire dans le cadre d’une commande transfrontalière. 

On dénote de la part des initiateurs de la plateforme une réelle volonté de faciliter l’avortement médicamenteux, peu importent les éventuelles conséquences malheureuses et l’appauvrissement radical du lien thérapeutique. 

Cet exemple confirme une tendance générale en matière d’avortement dans le monde : on observe en effet un net glissement vers l’avortement auto-induit avec l’accessibilité toujours plus grande de la pilule abortive. Les soignants sont, par ce fait-même, de moins en moins impliqués, leur intervention se limitant souvent à la prescription du produit, et souvent à distance. 

Pour aller plus loin à propos de l’avortement médicamenteux, voy. le Flash Expert de l’IEB : « RU-486 ou l'avortement médicamenteux : les femmes de plus en plus seules face à l'avortement »  

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