Donner son visage après euthanasie : quand la mort sur demande fait du corps une ressource
L’hôpital Vall d’Hebron de Barcelone a réalisé à l’automne 2025 une greffe de visage sur une patiente atteinte d’une infection bactérienne. En vingt ans, une cinquantaine de greffes de ce type a été réalisée dans le monde (dont six en Espagne). Ici, la greffe de visage a été réalisée à partir d’une donneuse ayant eu recours à l’euthanasie. Une première mondiale qui interroge sur la porosité entre la décision de mourir et l’utilité médicale du corps après la mort. Depuis l’entrée en vigueur, en 2022, du protocole autorisant le don d’organes après une euthanasie, 226 personnes ont donné leurs organes dans ce contexte en Espagne. Bien que les dons de tissus n’entrent pas précisément dans ce protocole réservé aux organes vitaux, la donneuse ayant aussi fait don de ses organes a pu en bénéficier.
Don de tissus fasciaux : une prouesse technique non sans risques
L’opération de restauration de la fonction et de la sensibilité du visage greffé reste très complexe. Les donneurs de tissus faciaux sont également rares. L’opération en question a été réalisée en asystolie contrôlé (arrêt cardiaque contrôlé, correspondant à la catégorie de donneur « Maastricht III ») et a nécessité l’intervention d’une centaine de professionnels de diverses disciplines médicales (chirurgie plastique, immunologie, psychiatrie…).
Si l’opération semble pour le moment avoir réussi et permis à la patiente de retrouver une certaine qualité de vie, les opérations de greffe du visage restent rares. Outre les aspects techniques, les greffes de visage ont également un impact psychologique important sur le receveur qui doit apprendre à vivre avec le visage d’une autre personne. Une étude de 2024 a analysé les difficultés liées à ce type d'interventions. Elle souligne entre autres défis la nécessité d'une immunosuppression à vie et le risque de rejet chronique.
Sur le plan éthique, des questions se posent aussi quant au contexte particulier du don de tissus après une euthanasie.
Don de tissus/organes et euthanasie : des procédures pas si distinctes
En Espagne, selon le protocole national spécifique à l’organisation du don d’organes après euthanasie (ODE), le médecin peut informer le patient de la possibilité de donner ses organes après son euthanasie. Si une séparation stricte entre l’équipe qui pratique l'euthanasie et celle qui effectue la transplantation est requise, dans les faits, une porosité existe. Sur le plan médical, la mort programmée permet d’augmenter les chances de réussite de la greffe. Dans le cas présent, l’anticipation de la mort a donné l’occasion aux médecins d’utiliser des outils de modélisation 3D pour définir, en amont de l’euthanasie, les meilleures options de reconstruction des structures osseuses pour optimiser la réussite de la greffe.
Ce bénéficie sur le plan médical ne doit pas occulter la menace bien réelle sur la liberté de consentir du patient dans le contexte particulier du don après euthanasie. L’évocation de la possibilité même de donner ses organes ou tissus peut, d’un côté, conforter dans leur décision de mort sur demande certains patients. D’un autre côté, ces personnes pourraient aussi ne plus se sentir libres de refuser finalement l’euthanasie dès lors que les procédures qui préparent la greffe ont débuté.
Pour aller plus loin : Dossier IEB : Don d'organes & euthanasie : éthiquement compatibles ?
Source : El Pais, 02/02/2026