Belgique : la prise en charge des personnes handicapées sous le regard critique de l’ONU
L’Examen périodique universel (EPU) est un mécanisme des Nations Unies chargé d’évaluer tous les cinq ans la situation des droits humains dans chacun des États membres, sous la houlette du Conseil des droits de l’homme. Lors de sa dernière évaluation en 2021, la Belgique a accepté de mettre en œuvre 251 recommandations, portant notamment sur les conditions de détention des prisonniers et la prise en charge des personnes en situation de handicap. C’est sur ce dernier enjeu, particulièrement préoccupant, que nous nous pencherons ici.
Dans le cadre de cet examen onusien, les organisations de la société civile et différentes institutions indépendantes peuvent également soumettre des contributions afin de signaler certaines préoccupations relatives au respect des droits humains. Un résumé de ces contributions, publié au début de l’année 2026 par l’ONU, a ainsi mis en lumière plusieurs sujets d’inquiétude concernant le respect de ses engagements par la Belgique.
Malgré les engagements pris, une marginalisation persistante des personnes handicapées
Dans leurs contributions, ces organisations dénoncent plusieurs discriminations systémiques touchant les personnes handicapées en Belgique. L’accès au logement reste particulièrement préoccupant, avec un taux de discrimination perçue estimé à 15 % - l’un des plus élevés d’Europe - tandis que le manque de logements adaptés limite leur autonomie. Plusieurs décès de personnes présentant un handicap psychosocial lors d’interventions policières ont également été signalés, tout comme l’incarcération de patients psychiatriques faute de places suffisantes dans des structures spécialisées.
Des inquiétudes autour de l’euthanasie des personnes handicapées
Les contributions insistent également sur les questions liées à l’euthanasie. Plusieurs organisations s’inquiètent des conséquences de la législation belge, qui autorise l’euthanasie dans certaines situations de souffrances psychiques jugées insupportables et qui a été étendue aux mineurs en 2014. Certaines d’entre elles soulignent également que près de 20 % des décès par euthanasie enregistrés en Belgique concerneraient des patients présentant des symptômes fréquemment associés au vieillissement. Dans une société où les personnes handicapées – notamment du fait de leur vieillissement – demeurent souvent marginalisées, plusieurs organisations craignent qu’un manque de garanties suffisantes ne renforce certaines perceptions négatives concernant la valeur de leur vie et leur dignité.
Trisomie 21 et avortement : les parents bénéficient-ils d’une information complète ?
Enfin, plusieurs organisations et instances internationales de défense des droits humains ont attiré l’attention sur les questions liées au dépistage prénatal de la trisomie 21. En Belgique, le taux d’interruptions sélectives de grossesse après diagnostic dépasserait 95 %. Le test prénatal non invasif (NIPT), qui permet de détecter précocement cette anomalie chromosomique, soulève des interrogations éthiques : les futurs parents reçoivent-ils une information suffisamment complète et équilibrée sur la réalité du handicap ?
Plusieurs recommandations du Comité des droits des personnes handicapées des Nations Unies (CRPD), publiées dans ses observations finales de septembre 2024 concernant la Belgique, insistaient déjà sur la nécessité d’un accompagnement non directif, exempt de stéréotypes fondés sur une vision exclusivement médicale et négative du handicap. Elles appelaient également les autorités à renforcer le soutien matériel, social et psychologique aux familles afin de favoriser l’accueil et l’inclusion des enfants dès le début de la vie.
Une prise en charge encore jugée insuffisante
En somme, les différentes contributions adressées à l’ONU mettent en évidence des préoccupations persistantes concernant la place accordée aux personnes handicapées au sein de la société belge. Face aux risques de marginalisation et au manque d’infrastructures ou de systèmes de soins adaptés, la Belgique doit renforcer davantage cette prise en charge afin de garantir l’accompagnement, l’inclusion et la protection des personnes handicapées et de leurs proches.